PHILO Voir et penser : de l’oeil à l’esprit (Laurence Vanin-Verna)

Une prise de notes sur le livre Voir et Penser : de l’oeil à l’esprit de la collection « La philo ouverte à tous » par Laurence Vanin-Verna, Docteur en philosophie politique et épistémologie et surtout, professeur à l’Université du Sud Toulon Var ! Téléchargez-la maintenant !

De l’œil à l’esprit

(Je vous conseille la version PDF, plus riche et claire, téléchargez-là ici ! 🙂

John Dalton physicien anglais, a découvert les problèmes physiques liés à des anomalies de perception des couleurs
John Locke (1632-1704) philosophe anglais, contre Descartes. Il relie toutes les connaissances à la sensation ; alors que Descartes se méfiait du sensible et privilégiait l’usage de la raison (rationaliste)
Démocrite (vers 460-380 av JC) père du matérialisme, il admet la conception d’un monde sans hasard et régi par une causalité mécanique
Friedrich Nietzsche (1844-1900) philosophe allemand connu pour la virulence de ses aphorismes. Souvent incompris, il s’apparente à un danseur qui esthétise sa vie. Il considère que la volonté peut permettre à l’homme de se dépasser et de donner à son existence tte sa valeur (affirmation du surhomme)

 

                                                                     I.            Œil et Esprit : organes et facultés

A.    L’œil et la vue : du relativisme des sensations

1.      L’œil collecteur d’informations

  • L’œil observe la surface des choses, les aspects, les apparences. Il transforme les signaux lumineux (capteurs photosensibles) en influx nerveux transitant par le nerf optique jusque dans l’aire visuelle (cerveau). L’homme possède un champ visuel de 180°C et est sensible à de nombreuses nuances de couleurs (sauf daltoniens). La sensation visuelle est un état de conscience résultant d’une impression sur un organe sensoriel (l’œil).

« Regarder un objet c’est venir l’habiter et de là saisir toutes les choses selon la face qu’elles tournent vers lui »

2.      Le filtre du sujet

  • Je vois en fonction de ce que je suis : un homme peut être différemment affecté par la vue d’un objet (selon les circonstances). Il voit comme il veut voir. Il peut parfois préférer le confort de l’illusion : c’est la fuite du sujet.

Sceptiques : refusent d’affirmer quoi que ce soit, se contentent d’observer en suspendant le jugement.

La réalité empirique est insaisissable. La vision n’est qu’un « point de vue », nécessairement limité au rapport que le corps et le sujet entretiennent avec le monde extérieur.

B.    De la sensation à la perception : l’esprit percevant

1.      Distinction entre sensation et perception

  • Je pense, donc je perçois : la sensation fait suite à une impression (effet d’une cause perçue) ; la pensée conçoit (la perception est une sensation traduite). Les stoïciens considèrent la sensation comme une affection de l’âme, touchée par le monde extérieur. L’imagination complète la sensation.

A l’acte de sentir s’ajoute un jugement, une interprétation ; un sens émerge (le diagnostic pour le médecin face à son patient).

La perception diffère également du souvenir.

2.      Le rôle structurant et simplifiant de l’esprit

  • Voir, c’est déjouer les apparences : l’esprit dépasse les apparences physiques. Le réel n’est pas qu’un amas d’images, mais une forme structurelle signifiante à base d’images mentales. L’image peut exprimer le réel (perception), l’irréel (imagination), ou renvoyer au passé (mémoire). L’esprit comble les lacunes de l’expérience sensible pour dégager une rationalité. Les illusions d’optique résultent d’une erreur d’interprétation du cerveau.

C.   L’observation, la science, et la vérité : la méthode expérimentale

1.      Aspect trompeur et quête de vérité

L’opinion et la science ne peuvent être fusionnées : on doit rompre avec l’une pour accéder à l’autre.

« Le grand principe expérimental est donc le doute […] »

Dans la science, l’œil observe et valide ce qui est mis en scène par le scientifique.

Noumène : les réalités en soi, inaccessibles par la pensée selon Kant à limites de la raison

2.      Observation et expérimentation

  • La preuve

On recherche la confirmation de la pensée par l’expérimentation. L’œil affuté est un œil entraîné à voir, par un travail de construction mentale et de conceptualisation du réel préalable –  même si le chercheur possède des instruments d’observation ou de mesure.

« La vérité n’est qu’une erreur rectifiée »

                                                                 II.            L’Œil et l’Esprit sensibles

A.    Le corps : voir et être vu

1.      L’effet miroir

  • L’homme est un corps en mouvement, qui rayonne par ses actions, ses projets. Lorsqu’il se déplace, le corps se donne à voir autant qu’il voit ce qu’il entoure. Etalé devant mes yeux, le corps apparaît comme un dispositif organique très complexe (simple objet d’observation). Un être peut également se regarder dans un miroir.

DONC, double perspective :sentant/ senti; voyant/ visible.

2.      La présence au monde

Etants : manières d’être

  • Avoir un corps, c’est vivre son corps. Les choses que je vois ne pensent pas ; moi, j’éprouve ma vie. La chair est un intermédiaire entre matière et esprit. Je peux comprendre les émotions de l’autre en l’observant (pleurs, gestes) car je les ai éprouvées en qualité de subjectivité corporelle.

B.    La rencontre avec autrui : les thèses du regard

1.      Le conflit : être vu comme un objet

  • Autrui et moi : une affaire de reconnaissance

Quand l’autre ne me sourit pas, porte sur moi un regard indifférent, je ne figure pas dans son monde. Je ne suis qu’un corps « chosifié ». En même temps, cet autre limite mon espace de mobilité et mon champ de vision. Ce regard froid est perçu comme une menace.

Pour entrer en communication avec l’autre, je suis dans l’attente d’un signe.

– La rencontre avec autrui ne se réduit plus seulement à expérimenter une autre présence mais permet la révélation de ce que je suis.

2.      Le regard : à l’œuvre dans la séduction

  • Séduire : mettre en scène ses atouts.

Dans cette parade particulière, chacun s’observe se veut actif, épie, attend le moment favorable. Lorsque l’autre me regarde, je deviens une forme reconnue. Se sentir séduit, ou séduire est beaucoup plus agréable que la comédie ordinaire.

3.      Image et fantasme

  • Les philosophes empiristes (Locke, Hume) croient à la passivité de l’être humain ; toute idée est liée à l’expérience interne.

Hylé : du grec hulè, définit la matière dont une chose est constituée

Analogon : élément signifiant

  • Voir et imaginer : le fantasme

Le comble du voyeur est qu’il ne voit jamais rien. C’est l’idée de voir qui le maintient en haleine. Le stimulus n’est pas ici lumineux, mais correspond à une construction de l’esprit qui se veut érotique. La vue est ici toucher à distance.

C.   L’image : le modèle d’une réalité usurpée ?

1.      Etre et paraître

  • Paraître = se détourner de l’être

La personnalité qui se croit au préalable originale finit par revêtir le masque commun du groupe auquel elle se réfère (ex : rappeur, surfeur). Retombe ainsi dans l’uniformité.

Aujd, tyrannie de l’image : nous soignons notre apparence pour ressembler à nos idéaux de beauté, parfois à l’encontre du bon sens (maigreur).

2.      Le monopole du voir : l’absence de pudeur, joie et souffrance

  • La téléréalité, réussite facile : peut amener à penser que nul effort n’est nécessaire pour réussir, que le talent est accessoire.

«  Voir souffrir fait du bien, faire souffrir plus de bien encore – c’est une dure vérité, mais une vieille, puissante, capitale vérité humaine » / « Sans cruauté, pas de fête » Nietzsche, La Généalogie de la morale

  • Naissance d’une nouvelle forme de lâcheté qui se manifeste également par une banalisation et une participation indirecte à la violence.

3.      Image et manipulation

  • Se méfier des images trompeuses

En France, interdiction des images subliminales (indétectables à l’œil nu mais interprétées par le cerveau). Les techniques de publicité s’appuient sur des leurres (beauté éternelle) pour vendre davantage, cherchent à endormir notre esprit critique.

                                                             III.            Œil et Esprit intelligible : vers la lumière du cœur

A.    Eléments tactiques d’une finalité pratique

1.      Perfectionnement du genre sportif : voir et analyser

  • Le sportif : voir, analyser, décider, agir

L’éthique du sport, depuis l’Antiquité relie l’apparence à la santé : « un esprit sain, dans un corps sain », à la certitude d’être « dans une forme olympique ».

2.      La stratégie : efficacité opérationnelle de l’œil et de l’esprit

  • L’esprit informé, vers la victoire

L’œil est ici visionnaire. Il s’agit d’élaborer de nouvelles ruses de guerre en fonction du contexte des affrontements. La ruse est une façon de voir autrement.

B.    Œil et esprit à l’œuvre

1.      L’Art et l’esthète : ravissement et contemplation

Esthète : celui qui perçoit par les sens, est sensible au beau. Renvoie à l’esthétique : « L’esthétique a pour objet le vaste empire du beau. » Hegel, L’esthétique

Egalement de Hegel : « L’art rend durable ce qui, à l’état naturel, n’est que fugitif et passager »

  • Voir et éprouver la beauté

Au-delà de simples figures, apparaît une représentation qui exprime un sens. Le tableau prend vie : le beau nous émeut.

« Le beau est ce qui plaît universellement et sans concept », Kant

« Le danseur porte ses oreilles dans ses orteils », Nietzsche

Dans la vie, la perception reste ordinaire ; dans l’art, elle devient sensible. L’art permet à l’homme d’échapper au quotidien (banal). La contemplation provoque la catharsis, mais en conservant une distanciation : ce qui se passe devant mes yeux, je ne l’ai pas vécu.

Catharsis : processus de libération des affects

2.      Vers la lumière du cœur : du Beau en soi

« […] on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

  • L’amour, vers une éthique du regard

Dans la relation à l’autre, je romps avec la solitude. Je reconnais en l’autre un autre moi-même. Les relations que j’entretiens avec lui sont du domaine du don. Je me sens proche d’une identité qui diffère pourtant de la mienne.

  • Les vues de l’esprit, un regard sublimé

Le réel sensible est artificiel car déterminé par les conventions sociales. Voir consiste ainsi à dépasser le sensible pour accéder au savoir.

3.      Le lumineux voyage intérieur : œil introspectif et spiritualité

« C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher », Descartes

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras les hommes et les dieux », oracle de Delphes

  • La devise delphique laisse entendre que nous ne nous connaissons pas nous-mêmes. Une recherche intérieure est donc nécessaire pour arriver à la contemplation de la réalité ultime : l’essence de la pureté.
  • Vers une humanité à partager : l’homme éprouve en lui le point d’ancrage de son humanité puisque toute l’humanité se reflète en lui.

Conclusion

L’œil peut se réduire à un organe. Associé à l’esprit, il permet de comprendre la réalité. Le sujet percevant peut toutefois être manipulé, détourné de la vérité. Dans la relation à l’autre, l’œil se change en regard. L’œil intérieur, spirituel, dépasse la matérialité du monde pour accéder par une vision intérieure à la contemplation des vertus, du divin.

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Cette collection est vraiment géniale, la lecture est facile, et les notions sont expliquées de façon très accessible, mais pas simpliste ! Débutants ou pas en philo, foncez !!

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Author: Flo

Française, étudiante, rêveuse et très déterminée. Je ne tiens pas en place et je suis insupportable la plupart du temps. Je carbure au café. J'ai créé ce blog pour partager tout ce qui pourrait vous être utile. Quoique, il y aura aussi des trucs inutiles. Le sens de la vie ? Ne pas subir sa vie, ne rien regretter, tout essayer, ne jamais renoncer.

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